La morsure de ragondin : le ragondin est-il un animal dangereux ? Droits et devoirs selon la réglementation

Le long des rivières, des étangs ou des canaux, il n’est pas rare d’apercevoir une silhouette trapue glisser silencieusement dans l’eau avant de disparaître sous la végétation des berges. Ce visiteur discret, souvent confondu avec un castor ou un rat musqué, intrigue autant qu’il inquiète. Entre curiosité et méfiance, la question de sa dangerosité revient fréquemment, notamment lorsqu’un promeneur ou un chien s’en approche de trop près.

Ce qu’il faut retenir

  • Le ragondin est une espèce exotique envahissante originaire d’Amérique du Sud qui prolifère en France en raison de l’absence de prédateurs naturels.
  • Bien qu’il ne soit pas naturellement agressif, le ragondin peut mordre s’il se sent acculé ou menacé, notamment lorsque des chiens s’approchent de ses terriers.
  • Les morsures de ragondin présentent des risques sanitaires sérieux, le rongeur étant un réservoir potentiel de maladies transmissibles comme la leptospirose.
  • En cas de morsure, il est impératif de nettoyer et désinfecter immédiatement la plaie avant de consulter rapidement un médecin pour écarter tout risque infectieux.
  • La leptospirose, véhiculée par les rongeurs ou leur environnement aquatique, peut entraîner des complications rénales ou hépatiques graves chez l’humain.
  • Le ragondin est classé comme animal nuisible en France, ce qui autorise des mesures de régulation telles que le piégeage et la chasse pour limiter son expansion.

Comprendre le ragondin et les risques de morsure

Le ragondin est un mammifère semi-aquatique originaire d’Amérique du Sud, dont l’histoire en France remonte aux années 1880, période durant laquelle il fut introduit pour sa fourrure très prisée à l’époque. Ce qui devait rester une activité d’élevage contrôlée s’est rapidement transformé en une prolifération incontrôlée, l’animal ayant trouvé dans les zones humides françaises un habitat particulièrement propice à son développement. Aujourd’hui présent sur l’ensemble du territoire métropolitain, le ragondin s’est imposé comme une espèce exotique envahissante au sens de la réglementation européenne, ce qui n’est pas anodin quand on évoque poubelle plastique et pollution qui accompagnent parfois son environnement dégradé.

Portrait du ragondin : un rongeur aquatique invasif venu d’Amérique du Sud

Reconnaissable à sa silhouette trapue, sa queue cylindrique peu poilue et ses quatre grandes incisives oranges caractéristiques, ce rongeur aquatique affiche une morphologie bien particulière. Il mesure généralement entre 40 et 60 centimètres et pèse en moyenne entre 5 et 10 kilogrammes, certains individus atteignant même les 7 kilogrammes. Sa capacité de reproduction est stupéfiante : la femelle atteint sa maturité sexuelle vers l’âge de 6 mois seulement, et peut ensuite donner naissance à deux ou trois portées par an, chacune comptant entre 5 et 7 petits. Un simple couple de ragondins peut ainsi engendrer près de 90 descendants en seulement deux ans, une progression démographique qui explique en grande partie l’ampleur de l’invasion actuelle. L’absence de prédateur naturel en France ne fait qu’accentuer ce phénomène, laissant l’espèce se développer sans réel frein écologique.

Les circonstances favorisant les attaques et morsures de ragondins

Contrairement à une idée reçue, le ragondin n’est pas un animal naturellement agressif envers l’homme. Il privilégie la fuite et l’évitement, se réfugiant dans ses terriers creusés le long des berges, qui peuvent mesurer entre 6 et 7 mètres de profondeur et atteindre un volume de 0,3 à 1,5 mètre cube. Toutefois, une morsure peut survenir lorsque l’animal se sent acculé, menacé ou surpris, notamment lorsqu’un chien s’approche trop près d’un terrier ou tente de le capturer près de l’eau. Les incisives puissantes du ragondin, capables de trancher des végétaux coriaces, peuvent alors infliger des blessures profondes, tant chez les humains que chez les animaux domestiques. Ces situations se produisent le plus souvent lors de tentatives de capture, de nourrissage direct ou de rencontres inopinées dans une zone de reproduction ou à proximité d’un terrier occupé.

Les dangers sanitaires liés aux morsures de ragondin

Leptospirose et autres maladies transmissibles par morsure

Au-delà de la blessure physique, c’est le risque sanitaire qui rend une morsure de ragondin particulièrement préoccupante. Cet animal peut en effet être porteur de plusieurs maladies transmissibles, dont la plus redoutée reste la leptospirose, une infection bactérienne pouvant provoquer fièvre, douleurs musculaires intenses et, dans les cas les plus graves, des complications rénales ou hépatiques sévères. En France, environ 700 cas de leptospirose ont été recensés en 2021, et l’incidence de cette maladie progresse de manière constante depuis 2014. Les rongeurs aquatiques comme le ragondin constituent d’importants réservoirs de leptospires, des bactéries qui se retrouvent également dans leurs excréments et qui peuvent contaminer l’eau stagnante des berges. On estime par ailleurs entre 300 et 600 le nombre de cas humains de leptospirose liés à ces rongeurs chaque année. La toxoplasmose et l’échinococcose alvéolaire figurent également parmi les pathologies que ces animaux peuvent véhiculer, renforçant la nécessité d’une vigilance accrue lors de toute activité en milieu aquatique fréquenté par ces rongeurs.

Premiers soins et surveillance des plaies après une morsure

Face à une morsure de ragondin, les premiers gestes sont déterminants pour limiter les risques infectieux. Il convient de nettoyer immédiatement et abondamment la plaie à l’eau claire et au savon, puis de désinfecter soigneusement la zone touchée. Une consultation médicale rapide s’impose ensuite, particulièrement si la plaie est profonde ou si elle a été contractée en milieu aquatique potentiellement contaminé par des bactéries pathogènes. Les signes devant alerter comprennent une fièvre inexpliquée, des douleurs musculaires persistantes, une rougeur qui s’étend autour de la blessure ou tout écoulement suspect. La surveillance doit se poursuivre plusieurs jours après l’incident, la leptospirose pouvant se manifester avec un certain délai après la contamination initiale.

Réglementation et mesures de gestion des populations de ragondins

Statut juridique du ragondin comme animal classé nuisible

Sur le plan légal, le ragondin n’est absolument pas une espèce protégée en France. Il est au contraire classé nuisible aux végétaux et inscrit, depuis le 30 juillet 2010, sur la liste des espèces dont l’introduction dans le milieu naturel est strictement interdite, une mesure renforcée par la réglementation européenne relative aux espèces exotiques envahissantes. Ce statut permet une régulation plus souple que celle appliquée aux espèces chassables classiques, autorisant chasse, piégeage et tir selon des arrêtés ministériels et des modalités fixées localement par les préfectures. Dans certaines régions comme la Picardie, particulièrement dans la Somme, l’Oise et l’Aisne, ainsi que dans le Morbihan où 20000 à 25000 rongeurs aquatiques sont retirés chaque année, la pression exercée par ces populations invasives reste considérable, justifiant des campagnes de régulation continues depuis 1994, année où près de 1500 cages pièges ont été mises à disposition des acteurs de terrain.

Solutions de prévention et droits des propriétaires face à l’invasion

Pour les propriétaires riverains confrontés à une prolifération de ragondins, plusieurs solutions existent, bien que l’intervention personnelle reste fortement déconseillée pour des raisons de sécurité évidentes. Le recours à un professionnel de la dératisation est vivement recommandé, celui-ci disposant généralement d’un certificat de capacité nécessaire pour capturer, chasser ou élever ces animaux dans un cadre réglementé. Le diagnostic de présence s’appuie sur l’identification des terriers et des coulées caractéristiques le long des berges, ces rongeurs consommant environ 2 kilogrammes de végétaux par jour et causant des dégâts significatifs aux berges, aux digues, aux réseaux de drainage et aux cultures, généralement localisés à moins de 20 mètres des voies d’eau. La destruction des végétaux aquatiques par ces animaux peut également réduire les zones de frayères essentielles à la reproduction des poissons. Des enseignes spécialisées comme Avipur Picardie interviennent d’ailleurs dans ces zones sensibles dès l’apparition de signes de dommages ou d’une présence anormalement élevée, le coût et le délai d’intervention variant selon la localisation et l’ampleur de l’infestation constatée.


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